Piste 1 💿 L’Aziza, de Daniel Balavoine
Hymne antiraciste ou pro-diversité ?


TRANSCRIPTION ÉCRITE DE LA PISTE

Je dirais pas que c’est une chanson contre le racisme, je dirais que c’est plutĂŽt une chanson pour l’amour des races. Je me suis simplement rĂ©veillĂ© un matin, j’ai regardĂ© ma gonzesse — qui est plutĂŽt pas mal, merci. Et j’ai constatĂ© qu’elle avait les cheveux noirs, la peau mĂąt. Je me suis souvenu qu’elle Ă©tait nĂ©e Ă  Casablanca, qu’elle est de religion juive, elle aurait pu ĂȘtre musulmane ou catholique ou n’importe quoi je m’en fous, mais simplement toutes ces choses-lĂ  font qu’elle a un comportement de vie bien Ă  elle, et j’ai compris Ă  ce moment-lĂ  que si j’étais amoureux d’elle c’était sĂ»rement pour ce comportement, c’est-Ă -dire : c’est une forme d’amour pour la race Ă  laquelle elle appartient.

Daniel Balavoine

Générique (intro)

Ah, bah vous ĂȘtes lĂ  ! Nickel-chrome, ah ah ah ! Je suis si heureux de prĂ©senter enfin ce podcast VariĂ©toche. C’est… un rĂȘve d’enfance. Non, pas d’enfance d’ailleurs, j’ai jamais rĂȘvĂ© de ça pendant l’enfance. C’est un rĂȘve euh… c’est un rĂȘve. VariĂ©toche, c’est quoi ? C’est un podcast audio dans lequel on prend une chanson, on l’Ă©coute Ă©videmment mais surtout : on la raconte. On raconte son histoire, quel est son message, que veulent dire les paroles, pourquoi elle a Ă©tĂ© Ă©crite, dans quel contexte, qu’est-ce qu’elle apporte au monde ? Et, pour prĂ©senter ce podcast, nul autre que bibi. Alors qui suis-je ? Je suis Seb Little, et comme je ne suis pas lĂ  pour parler de moi, j’ai prĂ©vu justement une section pour ça sur le site www.varietoche.com, pour me prĂ©senter, expliquer pourquoi j’en suis lĂ , pourquoi c’est moi qui fais ce podcast et pas le palier du voisin (le palier du voisin 😅)…

Et quand j’ai dis Ă  ma mĂšre que j’allais… quand je lui ai expliquĂ© le concept de ce podcast, elle m’a dit : « Attention, mon jeune fils ! »… Elle a pas dit ça comme ça, mais voilĂ … « Attention Ă  ne pas faire des choses qui ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© vues, archi-vues et archi-revues Ă  la tĂ©lĂ©vision ! Il y a certaines anecdotes qui ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© faites ! » Et c’est pourquoi, aujourd’hui, dans cette premiĂšre piste de VariĂ©toche, on va aborder quelque chose qui n’a jamais Ă©tĂ© vu et archi-revu, pas du tout ! Daniel Balavoine, L’Aziza.

Et si dans l’extrait que vous venez d’entendre, Daniel Balavoine parle de sa « gonzesse Â», de sa « go Â», de sa « zouz » – vous lez voyez lĂ , les guillemets que je fais avec les doigts, hein ? Vous lez voyez ! Pas littĂ©ralement mais vous les imaginez quoi. C’est parce que l’Aziza (đŸŽ” L’Aziza đŸŽ”) Oui, Ă  chaque fois que je vais dire L’Aziza, je vais chanter juste derriĂšre đŸŽ” L’Aziza đŸŽ”, c’est un rĂ©flexe idiomusculaire. Enfin, plus idiot que musculaire d’ailleurs hein, LOL qu’est-ce qu’on se marre ! On dirait le genre de personne oĂč quand tu dis « compĂ©tant » ils te rĂ©pondent « en deux mots ou en un seul ? Â» C’EST NUL ! Vous ĂȘtes tous des connards, ceux qui font ça, voilĂ  ! Bref donc j’en Ă©tais oĂč… c’est une dĂ©claration d’amour Ă  sa compagne, Corinne Barcessat. Mais ce n’est pas que ça : c’est aussi une chanson qui une portĂ©e politique trĂšs forte car elle s’inscrit dans une lutte contre le racisme, ou plutĂŽt, comme le dit Daniel Balavoine, dans une lutte pour la diversitĂ© ethnique et religieuse. Oui, je rĂ©ponds dĂ©jĂ  Ă  la problĂ©matique de cette piste, y’a quoi ? Laissez-moi vous raconter l’histoire de cette chanson pour vous expliquer tout ça.

L’Aziza (L’Aziza)
Je te veux si tu veux de moi

Daniel Balavoine, L’Aziza

Cette chanson, elle est sortie le 14 octobre 1985, et euh… alors, Ă  part l’annĂ©e c’est la date d’anniversaire de mon frĂšre, donc on lui souhaite un bon anniversaire… Pas du tout ! Puisqu’on est pas le 14 octobre, en fait. VoilĂ , donc si quelqu’un d’autre veut dire sa date d’anniversaire approximative, je pense que c’est bien le moment, hein, ça ralenti pas du tout le podcast avec des infos hautement inintĂ©ressantes… En 45-tours, elle est sortie, en single, et figure dans le huitiĂšme et dernier album de Daniel Balavoine, Sauver l’Amour, qui a Ă©tĂ© enregistrĂ© pendant l’étĂ© 1985 aux Highland Recording Studios, Ă  Inverness, en Écosse.

On est dans un contexte oĂč les campagnes antiracistes battent leur plein. Ah ! « Battent leur plein Â» ! Je suis dĂ©solĂ© mais moi les phrases qui contiennent l’expression « battent leur plein Â», je dois les dire avec une voix de narrateur des films de guerre chiants des annĂ©es 50, c’est une rĂšgle.

*voix de film de guerre chiant des années 50* Les Sentiers de la Gloire.

Donc, on reprend :

*voix de film de guerre chiant des années 50* Les campagnes antiracistes battent leur plein.

VoilĂ , pourquoi (oui non, c’est tout, c’était trĂšs court, hein, comme extrait) ? Parce qu’on assiste Ă  une montĂ©e en puissance du Front National, ce parti fonciĂšrement antiraciste et Ă©galitaire !

FAUX !

Norman

Et oui, c’est ça aussi VariĂ©toche, un podcast aux rĂ©fĂ©rences passĂ©es de mode, mais en mĂȘme temps : qu’est-ce que la mode si ce n’est pas
 bon allez, c’est chiant.

Le 17 juin 1984, le Front National remporte 10,95% des voix aux Ă©lections europĂ©ennes, et (oui, on va faire un peu de politique, ça a vite dĂ©rivĂ© de chanson française Ă  politique, donc on se concentre) par la suite, François Mitterand, le prĂ©sident de la RĂ©publique socialiste de l’époque annonce que le 16 mars 1986 oĂč auront lieu les Ă©lections lĂ©gislatives françaises, eh bien pour la premiĂšre fois sous la CinquiĂšme RĂ©publique elles se dĂ©roulent au scrutin proportionnel intĂ©gral Ă  un seul tour, donc c’est-Ă -dire que le nombre de siĂšges Ă  pourvoir est partagĂ© en fonction du nombre de voix recueillies. C’est donc François Mitterand, qui dĂ©cide de ce changement de scrutin et en effet, en mars donc quatre mois APRÈS la sortie de la chanson permet l’élection de 35 dĂ©putĂ©s du Front National, aussi appelĂ© le parti dirigĂ© par l’homme dont on attend un Ă©vĂ©nement bien particulier Ă  chaque fois qu’il est en tendance sur Twitter. C’est sĂ»r que « Front National Â», ça faisait plus court comme nom.

Pourquoi ce changement ? Je vous pose la question ! Ou vous me la posez, peut-ĂȘtre, plutĂŽt. Bref, donc Lionel Juspin… (Juspin… Lionel « Juspin » 😅) Lionel JOSPIN, premier SecrĂ©taire du Parti Socialiste Ă  l’époque, explique que sans ce changement, la droite allait l’emporter. Donc l’idĂ©e a Ă©tĂ© de faire un changement de scrutin pour la freiner et l’empĂȘcher d’avoir une Ă©crasante majoritĂ© Ă  l’AssemblĂ©e nationale, quitte Ă  laisser entrer le Front National. Ouais…

Quel rapport avec Daniel Balavoine ? Ah bah, aucun. J’avais juste envie de vous raconter les Ă©lections europĂ©ennes de 1984, je me sentais dans un bon mood, lĂ . Allez, maintenant on enchaĂźne sur une rĂ©trospective sur les buffets d’orgues Ă  travers les siĂšcles, en mettant bien l’accent sur la diffĂ©rence entre leurs montres avec bouches dites en Ă©cusson relevĂ©s et celles dites en ogive cintrĂ©e aplatie.

Nan je dĂ©conne. Donc, indignĂ© par tout ça, dans ce contexte-lĂ , Daniel Balavoine en fait il a Ă©crit ce cri de rage, spontanĂ©, l’Aziza (đŸŽ” L’Aziza đŸŽ”). L’aziza (đŸŽ” L’Aziz… non je vais arrĂȘter de faire ça, c’est insupportable) avec un « a Â» minuscule c’est un mot d’origine arabe qui signifie « aimĂ©e, adorĂ©e Â». Et donc l’Aziza avec « A Â» majuscule, cela signifie « ma chĂ©rie Â» en Arabie Moderne. Comment exprimer sa colĂšre ? Eh bien il va avoir la volontĂ© de ses dĂ©marquer de ses camarades artistes en Ă©crivant une chanson qui ne va pas aller attaquer directement Jean-Marie Le Pen et d’afficher le Front National dans l’écriture de ses paroles, mais plutĂŽt de dire « je suis favorable Ă  la diversité», et pour ça, il va parler avec fiertĂ© de ce qu’il aime, de ce qu’il connaĂźt, c’est-Ă -dire de sa femme et de la mĂšre de ses deux enfants, donc : Corrine Barcessat, et de ses origines et de sa religion.

Mais qui c’est, Corinne Barcessat ? Je vous pose la question ! Nan, Corinne Barcessat, elle travaille dans la monde de la musique. Elle est d’origine juive marocaine et pour la petite histoire, elle est aujourd’hui en couple avec Serge Khalfon, donc celui qui rĂ©alise toutes les Ă©missions de Catherine Barma t’sais, comme On n’est pas couchĂ©, tout ça… Allez, 3-4 : đŸŽ” On s’en tape 👏, on s’en tape 👏 ! đŸŽ” Elle n’est pas juste « Ă©pouse de », voilĂ  !

Donc Daniel Balavoine va lui dĂ©dier cette chanson, l’Aziza (đŸŽ” L’Aziza đŸŽ” Non, j’ai dis que j’arrĂȘtais avec ça !). L’Aziza, c’est elle, c’est Corinne Barcessat.

Alors lĂ  je vais juste faire une parenthĂšse « Kiffe ta race Â»…

Générique du podcast « Kiffe ta race »

Pour celles et ceux qui connaissent le podcast, e pour celles et ceux qui ne le connaissent pas d’ailleurs, je sais pas pourquoi je dis ça. C’est un podcast hyper, mĂ©ga, turbo, archi, ultra (je suis Ă  cours de synonymes) intĂ©ressant sur les questions raciales, prĂ©sentĂ© par Grace Ly et Rokhaya Diallo. et si vous voulez l’extrait qu’on a entendu tout au dĂ©but de la piste de VariĂ©toche… j’aimerais m’arrĂȘter sur la phrase quand Daniel Balavoine dit « c’est une forme d’amour pour la race Ă  laquelle elle appartient Â». Alors je ne suis pas expert en questions raciales donc ce que je vais vous dire lĂ  je le tire vraiment de ce que j’ai entendu, de ce que j’ai appris dans le podcast Kiffe ta race, c’est qu’il est important de rappeler qu’aujourd’hui il faut ĂȘtre prudent avec le mot « race Â» et la notion de race car elle est essentiellement culturelle et sociologique, et elle n’est pas basĂ©e sur des caractĂ©ristiques biologiques, ça permet d’aborder en fait la notion de race en mettant la lumiĂšre sur les effets, sur les mĂ©canismes de production des inĂ©galitĂ©s. Je ne sais pas si Daniel Balavoine avait en tĂȘte tout ça Ă  l’époque ET JE NE VEUX PAS LE SAVOIR (je sais pas pourquoi je dis ça, je dĂ©conne), ce qui est sĂ»r c’est qu’il Ă©coutait pas le podcast vu que… il n’existait pas !

Gros big up Ă  Daniel qui nous entend, qui doit rire aux Ă©toiles.

Édouard Baer

Merci, Édouard Baer, pour cette intervention. Je savais pas que vous Ă©tiez lĂ .

*voix d’Édouard Baer* Oh vous savez, je sais pas si on peut dire que je suis vraiment lĂ  sans rien derriĂšre, je suis lĂ  pour quelqu’un, pour vous, pour la vie…

Ouais, ta gueule.

Et aussi, il y a un autre concept auquel me font penser les propos de Daniel Balavoine, puisqu’on est dans les concepts autour des questions raciales, autant y aller, c’est la notion de « fĂ©tichisme racial » : c’est quand on est attirĂ© par des personnes par rapport Ă  leurs origines, on peut penser que c’est un compliment et tout mais en fait c’est dĂ©placĂ© car ça repose sur du fantasme, sur de l’imaginaire basĂ© sur des stĂ©rĂ©otypes racistes. Donc lĂ , ME FAITES PAS DIRE CE QUE J’AI PAS DIT, je ne dis pas que Daniel Balavoine Ă©tait fĂ©tichiste des femmes arabes, et c’est d’autant plus osĂ© de l’affirmer que je me base sur quelques extraits d’interview et que je ne suis pas le mieux placĂ© pour en parler…

*voix qui ressemble vaguement Ă  Jacquart dans les Visiteurs* MAIS ALORS POURQUOI T’EN PARLES, DUCON ?!

Euh… je sais pas, personne qui euh… crie dans les oreilles comme Christian Clavier, lĂ . Mais je dis qu’en Ă©coutant ces propos et ceux qu’on va entendre juste aprĂšs, eh ben ça fait tout de suite Ă©cho, ça a fait « tilt » dans ma tĂȘte Ă  cette notion-lĂ . VoilĂ , ça m’y a fait penser. Donc je soulĂšve la question, parce qu’il n’y a pas que vous qui avez envie d’ĂȘtre soulevĂ©, il y aussi : les questions.

– L’optimisme ou le positivisme, c’est de dire euh
 moi je suis toujours un petit peu agacĂ© par les gens qui disent depuis un an « Je suis contre le racisme, je suis contre Le Pen… » Tout le monde est contre quelque chose qui n’est pas bien, et « L’Aziza » c’est l’inverse, c’est de dire : moi je suis pour les arabes.J’ai une compagne dans ma vie qui est juive marocaine, donc ça m’embĂȘte beaucoup quand on dit du mal de ces gens-lĂ , ça me gĂȘne, et puis surtout quand on parle de les foutre dehors, j’ai l’impression que…

– Donc ça c’est un langage nouveau, parce que c’est vrai, ce que vous dites… c’est vrai, on fait des trucs contres, mais…

– C’est chiant, puis ça entraĂźne surtout qu’on parle tout le temps de ces gens-lĂ , quoi. Je veux dire d’un Ɠil, on en parle toute la journĂ©e, de ces gens-lĂ … Je trouve ça vraiment Ă©pouvantable. Je crois qu’il vaut mieux dire : il y a des diffĂ©rences, il faut arrĂȘter d’essayer d’uniformiser les races, d’intĂ©gration, de toutes ces choses-lĂ , je crois qu’au contraire, je dirais pas qu’il faut aller jusqu’Ă  cultiver les diffĂ©rences, mais les constater, les apprĂ©cier, et aimer les gens pour leurs diffĂ©rences. Ça veut dire qu’il y a un fossĂ© entre les races, il faut pas essayer de combler ce fossĂ© parce que c’est quelque chose d’impossible. Un noir est un noir, un arabe est un arabe, un chinois est un chinois, et un français… ou un europĂ©en est un europĂ©en. Ce qu’il faut apprendre aux gens, je crois que c’est un problĂšme de mentalitĂ©, c’est qu’un fossĂ©, ça peut se franchir.

– Valoriser les diffĂ©rences, plutĂŽt que des les agrandir.

– VoilĂ . En tout cas les respecter, et aimer les gens pour ça. Quand moi je suis amoureux d’une femme parce qu’elle est brune, parce qu’elle a la peau mĂąt, parce qu’elle a un certain comportement de vie qui est dĂ» Ă  sa religion, parce que ceci ou cela, ça veut dire qu’en fait, si je dois avouer la vĂ©ritĂ© je l’aime parce qu’elle est juive d’Afrique du Nord. VoilĂ , c’est aussi bĂȘte que ça et il faut pas avoir honte de le dire : si elle n’Ă©tait pas juive d’Afrique du Nord, elle serait pas comme elle est.

Daniel Balavoine et un journaliste random que je n’ai pas rĂ©ussi Ă  identifier

Ouais, il craquait un peu, Daniel Balavoine. En mĂȘme temps, il Ă©tait connu pour ses propos engagĂ©s, hein, c’était pas le genre de keum Ă  se remuer les barils en chantant qu’on est serrĂ© comme des sardines au fond d’une boĂźte ou je sais pas quoi, vous ĂȘtes au courant de ça ?

Ta couleur et tes mots tout me va
Que tu vives ici ou lĂ -bas
Danse avec moi (Danse avec moi)
Si tu crois que ta vie est lĂ 
Ce n’est pas un problĂšme pour moi
L’Aziza (L’Aziza)
Je te veux si tu veux de moi

Daniel Balavoine, L’Aziza

En fait, ce refrain c’est une maniĂšre de dire « si tu te sens bien avec moi et ce que je suis, ben moi c’est pareil : je me sens bien avec toi, je suis fier de ce que tu es, fier des tes origines, de ta religion, de ta couleur de peau, de tes mots, de ta culture, de ton langage, et t’es la bienvenue sur le sol français ». Je suis Jean-Michel Pauvre d’esprit au niveau des explications, moi. Pourquoi je fais ce podcast ?

Ce qui est intĂ©ressant dans cette chanson, c’est que Daniel Balavoine prend son histoire personnel, donc une dĂ©claration d’amour Ă … Corinne Barcessat (on va finir par piger) mais pour en faire un message de paix, et un discours universel sur la diffĂ©rence, ce qui en fait une chanson engagĂ©e mais tout en restant belle. Je ne dis pas qu’une chanson engagĂ©e ne peut pas ĂȘtre belle. Non, je ne dis pas ça, bien au contraire. Je dirais mĂȘme : le contraire. Et cette chanson, elle est perçue comme un hymne Ă  la diversitĂ©, mais aussi comme une ode antiraciste, en fait. C’est tout l’objet, c’est toute la question de cette piste parce qu’en fait il y aborde en… filigrane (je sais pas du tout si c’est le bon terme mais comme personne sait ce que ça veut dire ça passera crĂšme anglaise) d’islamophobie et d’antisĂ©mitisme.  On est sur un texte politique qui sĂ©duit Ă  l’époque la gauche au pouvoir, et ces paroles touchent des femmes immigrĂ©es qui se sentent concernĂ©es par la chanson.

Et quand tu marches le soir
Ne trembles pas
Laisse glisser les mauvais regards
Qui pĂšsent sur toi
L’Aziza, ton Ă©toile jaune c’est ta peau
Tu n’as pas le choix
Ne la porte pas comme on porte un fardeau
Ta force c’est ton droit

Daniel Balavoine, L’Aziza

Donc l’étoile jaune, pour rappel, c’est le dispositif de marquage imposĂ© par l’Allemagne nazie aux Juifs. Il voulait heurter l’opinion publique en faisant allusion au sort des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, et en fait il pensait que ces paroles feraient polĂ©mique…

À L’ÉPOQUE Y’AVAIT PAS LES RÉSEAUX SOCIAUX !

Oui oui oui calme-toi, calme-toi… Parce que plus loin, il Ă©voque la religion musulmane (parce que c’est la religion la plus pratiquĂ©e au Maroc, d’oĂč est originaire l’Aziza) avec ces paroles :

L’Aziza (L’Aziza)
Fille enfant de prophĂšte roi

Daniel Balavoine, L’Aziza

*voix et ton incrĂ©dules, comme pour montrer une certaine absurditĂ©* Le prophĂšte Roi ici c’est Mahomet, et pour lui l’Aziza reprĂ©sente l’unitĂ© absolue qui incarne deux religions : la religion juive et la religion musulmane ; donc en Ă©voquant l’étoile jaune et le prophĂšte roi, il passe un message volontairement politique en associant les deux religions, et Ă  ce propos-lĂ  il dĂ©clare, je cite : Â« Il ne faut pas oublier que dans toutes les histoires de racismes les musulmans et les juifs sont racistes entre eux, ce que je dĂ©plore aussi, donc ça tape un peu dans tous les sens : moi j’aime les gens tels qu’ils sont ». Et je sais pas pourquoi je prends cette voix parce que ça dĂ©crĂ©dibilise tout son texte comme si c’était un gros dĂ©lire alors que c’est pas du tout le but du truc !

Et pour cette chanson, il reçoit le prix de la chanson antiraciste Ă  la FĂȘte des potes au Bourget. La FĂȘtes des potes, oui. Ça me fait rire, oui oui. C’est
 on dirait la fĂȘte de la choucroute, quand on avait 6 ans et demi et qu’on se mettait des gobelets sur les oreilles, lĂ … Quoi, vous faisiez pas ça, vous ? Ouais nan, nan, nan, moi non plus. Un prix SOS Racisme remis par Harlem DĂ©sir. Donc Ă  la base, la FĂȘte des potes c’est un grand concert Place de Concorde Ă  Paris, qui a eu lieu le 15 juin 1985 Ă  l’initiative de SOS Racisme, qui a durĂ©e une douzaine d’heures, et s’en est suivi un meeting le 7 dĂ©cembre avec la prĂ©sence de Daniel Balavoine. Et il fait partie du comitĂ© Ă  ce moment-lĂ  de SOS Racisme Ă  Colombes, et pourtant il va quand mĂȘme critiquer l’association dans une interview accordĂ©e Ă  Paris Match en novembre 85 en disant un peu le discours qu’on a entendu tout Ă  l’heure, je cite : « Ce qui me gĂȘne dans SOS Racisme, c’est de chercher Ă  faire croire aux gens qu’on peut mĂ©langer les races sans qu’il y ait le moindre problĂšme. Or, ce qui fait la beautĂ© des races, c’est leurs diffĂ©rences. Il y a un Ă©norme fossĂ© entre les races, mais il faut apprendre Ă  le franchir. J’aime les Arabes, ce sont des gens fantastiques qui ont souvent bien plus de dignitĂ© que ceux qui en parlent de maniĂšre assez Ă©cƓurante. Â». Donc on a bien compris qu’il parle entre autre du Front National, sans les nommer, quand il dit « qui en parlent de maniĂšre assez Ă©cƓurante ».

Parlons du clip, qui est tout autant un symbole de l’antiracisme que la chanson (voire mĂȘme qui met en valeur le caractĂšre antiraciste de la chanson), qui a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© par Olivier Chavarot, avec un dĂ©cor de la casbah (donc la casbah c’est une ville d’architecture berbĂšre). Donc un dĂ©cor dans lequel les enfants courent, qui a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© par l’atelier Passe-Muraille, qui n’a rien Ă  voir avec un local d’artisans dirigĂ© par le messager personnel du PĂšre Fouras, ce qui serait complĂštement chelou dans le contexte.

Petite rue de casbah
Au milieu de casa
Petite brune enroulĂ©e d’un drap
Court autour de moi

Daniel Balavoine, L’Aziza

đŸŽ” Petite rue de casbah… đŸŽ” Pardon. Donc Ă©videmment la « petite brĂ»le enroulĂ©e d’un drap au milieu de Casa Â» (donc Casa, c’est Casablanca au Maroc) dĂ©signe l’Aziza, dĂ©signe sa femme : Corinne… comment ? Barcessat, merci. Mais dans le clip ce sont deux jeunes filles : une jeune juive et une jeune musulmane. Donc la musique commence, avec le Soleil qui se lĂšve (je vous invite Ă  regarder le clip, hein, parce que lĂ  je vais vous en faire toute une description, mais allez voir le clip, j’ai mis le lien dans la description !) …avec le Soleil qui se lĂšve, et on voit les dĂ©cors de la casbah en studio, avec 50 enfants sur le studio (rien que ça, c’est une Ă©cole, le machin t’sais…), et ce qui enthousiasmait Daniel Balavoine, c’est aussi de partager ce tournage avec tous ces enfants. Donc un jour, il s’est ramenĂ© avec deux gros sacs de surprises pour les enfants, et il commençait Ă  glandouiller avec eux sur le plateau et tout (c’est la meilleure anecdote, ça)… Et donc on voit aussi dans le clip un gros plan du fils de Daniel Balavoine et Corrine Barcessat. Les deux jeunes filles tiennent toutes les deux la Tour Eiffel (pas la vraie mais une Tour Eiffel en terre), donc qui est une contribution d’un plasticien qui s’appelle Pascal Dejax…

*voix de Michel Drucker* Pascal, si tu nous Ă©coutes…

Oui, c’Ă©tait… 😅 Bien sĂ»r : c’est la premiĂšre piste d’un podcast que vous allez ĂȘtre trois Ă  Ă©couter, mais parmi vous comme par hasard y’a ce type lĂ  qui est connectĂ©, il se prend un break entre deux tours en terre façonnĂ©es maison pour Ă©couter ces conneries, on y croit tous… Euh… et puis un phĂ©nomĂšne magique se produit et elles fusionnent toutes les deux en une seule Aziza qui apparaĂźt sous la vraie Tour Eiffel, donc Ă  Paris. C’est trĂšs symbolique, parce qu’on en revient Ă  Corrine Barcessat : elle, elle est mĂ©tisse, juive, arabe, elle vit Ă  Paris, donc Daniel Balavoine, il en est fier, et du coup plus tard dans le clip, on voit l’Aziza, donc incarnĂ©e non pas par la femme de Balavoine mais par l’actrice Fejiria Deliba. LĂ  c’est pareil, hein, je mettrais pas ma main Ă  couper qu’elle Ă©coute le podcast, mais Ă  la limite ce qu’on peut faire c’est que je vais arrĂȘter de fantasmer sur l’idĂ©e que tous les gens dont on parle ont reçu une notification « HÉ ! JE PARLE DE TOI ! APPLIQUE-TOI À ENTENDRE CE RÉCIT ! Â»… Donc cette femme, qui se sentant suivi par des hommes en voiture, la nuit, accĂ©lĂšre le pas, court pour s’échapper de la ratonnade. En fait c’est une scĂšne qui rappelle le dĂ©but du film E.T. l’extraterrestre sorti 3 ans plus tĂŽt ; on peut d’ailleurs apercevoir dans le clip un morceau de l’affiche du film. Et dans sa course, elle tombe et elle atterrit devant Balavoine qui chante et joue avec ses musiciens. Donc lĂ  Balavoine, il envoie sa guitare en l’air (oui le clip c’est un dĂ©lire, hein, aussi) et le rĂ©sultat c’est que la FOUDRE (je dĂ©conne pas, hein)… la foudre, par la voie de Dieu hein, vient frapper la voiture des racistes.

Ensuite Balavoine il se transforme en mutant des Enfers et il commence Ă  distribuer des boules de feu sur les fachos… non je dĂ©conne, je dĂ©conne ça c’est pas vrai mais… euh, donc voilĂ  il y a un fond politique trĂšs puissant qui n’Ă©tait pas Ă  l’Ă©poque une chose qui se voyait beaucoup dans les clips en France, c’Ă©tait trĂšs rare.

L’Aziza (L’Aziza)
Si tu crois que ta vie est lĂ 
Il n’y a pas de loi contre ça, oh oh
Daniel Balavoine, L’Aziza


Il voulait, par l’intermĂ©diaire de cette chanson et des ses chansons en gĂ©nĂ©ral, inciter les gens Ă  aller vers plus de rĂ©flexion et Ă  s’éduquer (donc Ă  l’époque en lisant des livres, hein), et pour cette raison il Ă©tait fier d’avoir Ă©crit ce tube, qui Ă©tait entrĂ© dans le Top 50 Ă  la 40Ăšme place le 23 novembre, et progressa dans le top jusqu’à atteindre la 18Ăšme place le 28 dĂ©cembre. Mais en fait ce qui a considĂ©rablement augmentĂ© les ventes du 45 tours, du single, c’est le dĂ©cĂšs inattendu, tragique de Daniel Balavoine le 14 janvier 1986, le single reste en premiĂšre place du Top 50 pendant huit semaines, deux mois, et se vend Ă  plus d’un million d’exemplaires. Donc je rappelle qu’il meut tragiquement dans un accident d’hĂ©licoptĂšre lors du Paris Dakar au Mali lors d’une opĂ©ration pour une action humanitaire Paris du CƓur dont le but Ă©tait d’installer une centaine de pompes Ă  eau hydroliques dans des villages en Afrique. Et en fait, c’est le tout premiĂšre single du Top 50 a ĂȘtre classĂ© Ă  titre posthume.

En fait cette chanson, elle a une rĂ©sonance aujourd’hui : on est en 2020, donc 35 ans plus tard, et le FN n’a malheureusement cessĂ© de monter en puissance, le racisme aussi, et dans notre contexte actuel les paroles de cette chanson sont loin d’ĂȘtre obsolĂštes, et on pense Ă  toutes celles et on soutien toutes celles qui s’identifient encore aujourd’hui Ă  l’Aziza.

Générique (outro)

Eh ben merci Ă  tous et Ă  toutes d’avoir Ă©coutĂ© cette premiĂšre piste de VariĂ©toche. On se retrouve dans la deuxiĂšme piste qui est dĂ©jĂ  en ligne, puisque j’ai sorti trois pistes d’un coup. C’est Si t’Ă©tais lĂ , de Louane. VoilĂ , et d’ici lĂ , ben… pff… portez-vous bien, euh… kiffez la vie, Ă©coutez des podcasts… Ouais, c’est mon premier podcast mais je fais genre je suis podcasteur depuis des annĂ©es : Ă©coutez des podcasts, euh… vraiment… l’industrie… VA MAL… (je sais pas) Donc euh voilĂ , et si vous pensez que n’allez pas ĂȘtre intĂ©ressé·es par la deuxiĂšme piste, Si t’Ă©tais lĂ  de Louane (ce que… Ă  mon avis, bon… je ne suis pas lĂ  pour vous donner des conseils, mais vous devriez l’Ă©couter), vous pouvez trĂšs bien passer Ă  la troisiĂšme piste, hein, c’est sur L’opportuniste de Jacques Dutronc. VoilĂ , vous faites bien comme vous voulez, mes petits agnelets.

RÉFÉRENCES

Albums :
· Sauver l’amour de Daniel Balavoine

Chansons :
· L’Aziza de Daniel Balavoine

Clips :
· Le clip officiel de L’Aziza

Extraits audios :
· L’audio de L’Aziza utilisĂ© est celui de la prestation de Daniel Balavoine dans l’émission Demain c’est dimanche du 19 octobre 1985 (archive INA)
· Le premier extrait d’interview de Daniel Balavoine est tirĂ© d’un reportage du 13h15 diffusĂ© le samedi 9 janvier 2016 sur France 2, Ă©galement utilisĂ© comme rĂ©fĂ©rence pour les explications du clip
· Le deuxiĂšme extrait d’interview de Daniel Balavoine est tirĂ© de la vidĂ©o Balavoine interview l’Aziza

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CRÉDITS

Réalisation et animation : Sébastien Petit / Générique : Pierre Vanier / Illustrations : Kateryna Senkova & Sébastien Petit

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